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  • Lina Tea | Hypnose Asmr

Mon plus beau voyage hypnotique à travers le temps

Mis à jour : 27 déc. 2020


Photo by Leonardo Alves Sá on Unsplash

Les régressions hypnotiques dans des vies non biographiques


Paris. Vendredi 11 décembre 2020. Je suis en cours à l’Arche, l’école d’hypnose au sein de laquelle je perfectionne ma pratique. Nous sommes 14 élèves dans mon groupe. Notre formatrice, Cathie Gervais, nous annonce le programme de la journée : la régression hypnotique dans des vies non-biographiques. À savoir, dans des vies que nous n’avons pas vécues. Au-delà de notre identité.


Il peut s’agir de vies antérieures. Mais aussi de vies futures, vécues dans d’autres pays, dans des mondes parallèles, sur d’autres planètes… On peut se trouver dans le corps d’une autre personne. On peut aussi s’incarner dans un animal, un végétal, un objet, un extraterrestre... Et encore bien d’autres choses, puisque la seule limite est notre imagination. Et que l’imagination n’a pas de limite.


À noter que ce n’est pas la réalité à proprement parler que l’on va chercher lors de ces régressions. C’est la réalité de notre imagination. On ne saura jamais si les choses vues/vécues sont une réalité qu’un autre “nous” aurait vécu dans une autre vie. Et à vrai dire, on s’en moque. La notion de réalité importe peu. Même pas du tout. Ce qui compte, c’est que la personne y croie. Même si elle sait que ça n’est que le fruit de son imagination. Parce que ce qu’on imagine nous influence, nous impacte, nous construit. On peut d’ailleurs supposer que le fait de s’affranchir de cette notion de recherche de la réalité permet à la régression de porter ses fruits. Car, à ce moment-là, notre psychisme ouvre la porte au symbolique.


À quoi cela sert-il de vivre une expérience de ce type, et de transcender sa propre identité ? Cela permet de réparer, d’évacuer, de se libérer d’une chose qui n’appartient pas à notre vécu… et dont on a pourtant l’impression qu’elle nous influence, qu’elle a un impact sur notre vie. Car c’est bien l’histoire que l’on se raconte qui compte, et non la réalité.


Dans cet article, je vais vous raconter ma propre expérience, à savoir comment j’ai vécu un voyage hypnotique à travers le temps - qui est, à l’heure où j’écris, la plus belle expérience d’hypnose de ma vie en tant que sujet hypnotisé.



L’exposé de ma problématique


Revenons à l’Arche, en classe. Notre formatrice a besoin d’un sujet pour la démonstration. Je me porte volontaire. Une première, parce que je suis généralement assez réservée dans le partage de mes émotions en public, surtout quand elles sont profondes.


En exposant ma problématique, je sens l’émotion monter. Une émotion qui ne m’avait jamais traversée avec autant de puissance. “C’est par rapport à mon histoire familiale... Le génocide cambodgien... Je ne comprends pas, je ne l’ai pas vécu... Et pourtant, j’ai l’impression que quelque chose me pèse. Par rapport à toute l’horreur qui s’y est produite. Toutes ces atrocités qui s’y sont passées...”


J’ai la voix et la bouche qui tremblent. Les larmes me montent au yeux. La tristesse que je ressens à ce moment-là m’étonne moi-même. Je ne m’étais, jusque-là, jamais rendu compte à quel point cela me touchait, me pesait, me bouleversait. C’est d’ailleurs quelque chose dont je n’avais quasiment jamais parlé auparavant. Comme si quelque chose que j’avais contenu depuis si longtemps, et qu’il était grand temps de libérer, se réveillait enfin. Se révélait.


Cathie me propose de m’installer à ses côtés, sur sa droite. Je poursuis : “Ce que je ressens, je ne le comprends pas. J’ai honte de ressentir ça. Je trouve même cela indécent vis-à-vis de ceux qui ont souffert, parce que moi, j’ai toujours eu une vie plutôt paisible, sans grand danger. Et pourtant, j’ai l’impression que c’est bien présent en moi. C’est même une des raisons pour lesquelles je ne suis encore jamais allée sur la terre de mes ancêtres. Quelque chose me freine par rapport à tout ce qui s’y est passé. J’ai d’autant plus honte que je ne parle pas cambodgien.”



La préparation au voyage hypnotique


Cathie, de sa présence et de sa voix rassurantes, commence à me raconter des tas de choses, dont je ne me souviens plus vraiment. Ses paroles me bercent. Elle accueille ma tristesse, mes sensations. Elle m’apaise. Me fait même rire. Mon regard alterne entre ses yeux plein d’empathie, et mes chaussures, lorsque je sens que la tristesse monte trop. Mon corps se balance d’avant en arrière, tout seul. Des tremblements et spasmes musculaires se succèdent, sans que je puisse les contrôler. En même temps, quelque chose sourit en moi. Je SAIS que je suis déjà en transe…


Elle me demande alors quel mot me vient spontanément à l’esprit. Un mot qui pourrait m’apaiser. Le mot PARDON surgit immédiatement en moi. Pardonner les crimes commis au Cambodge entre 1975 et 1979.


Elle me propose de m’accompagner dans une régression vers là où je dois aller. Pour faire ce que j’ai à y faire. Pour que le moi actuel puisse enfin se libérer de ce poids qui me comprime soudain la poitrine et que je ne saisis pas. Cette colère, cette tristesse et cette culpabilité que je ressens. Elle m’indique que, tout le long de cette régression, je vais pouvoir rester connectée à sa voix. Que, quoique je vive, ce n’est qu’une partie de moi qui le vivra; celle qui est liée à mon imagination. Que ma part inconsciente saura exactement quoi faire pour me faire un cadeau constructif, positif. Et que si ce que je vis n’est pas confortable, je pourrai me sortir de cet état de transe instantanément, comme si j’étais sur un siège éjectable.



L’approfondissement de ma transe


Je débute le voyage hypnotique les yeux fermés, en totale confiance. Sa présence bienveillante, voire maternante, me rassure. Je me sens en sécurité. Très curieuse de découvrir, d’explorer ce qui va se passer en moi.


Les mots envoûtants de Cathie me transportent. Je sens que je plonge en mon for intérieur. Vers des régions de ma psyché auxquelles je n’accède pas en état de conscience non modifié. Mon environnement direct, cette salle dans laquelle je me trouve, mes camarades attentifs, s’éloignent progressivement - même si je ne les oublie jamais complètement. Ils s’inscrivent dans mon expérience. Et en même temps, une bulle d’intimité se crée entre Cathie et moi.


À un moment donné, guidée par ses mots, l’une de mes mains devient de plus en plus légère… jusqu’à se mettre en lévitation, sans que je le veuille. Comme si elle était extérieure à moi. Qu’elle menait sa propre vie. Que je n’étais plus que spectatrice. Je sais que c’est toujours moi... mais différemment. Je sais que ma part inconsciente prend le dessus, fait bouger mon corps.


Ma part inconsciente répond elle-même aux questions de Cathie : un doigt qui se dresse pour répondre “oui”, un autre pour répondre “non”.


Ma main monte et descend par mouvements saccadés (difficilement reproductibles en état de conscience habituel) au fur et à mesure des suggestions de Cathie. Elle devient comme un levier d’approfondissement d’état de transe, avec lequel Cathie joue. Cathie me fait même émerger légèrement, à plusieurs reprises, de mon état de transe, afin de m’y replonger encore plus profondément par la suite. Cela fait naître en moi une sensation de frustration et intensifie mon désir de partir encore plus loin dans mon état hypnotique.


Mon introspection s’amplifie. Je plonge en exploration de mon monde intérieur. Ce monde qui se renouvelle à chaque fois que je viens le visiter en hypnose. Ce monde où je mets de côté la cohérence, l’analyse. Où je m’écarte de mes règles et de mes codes habituels. Mais cette fois-ci, étant donné le thème, je sens que ça va être encore plus puissant qu’à l’accoutumée.



Mon voyage hypnotique à travers le temps


Une première image apparaît. Celle d’un éléphant. Dans un cirque. Tiens, étonnant. Je déteste les cirques utilisant des animaux sauvages pour leurs numéros. L’idée même de les exploiter pour divertir les gens et se faire de l’argent me fait grincer des dents. C’est contraire à mes valeurs. Je tente alors d’effacer mentalement cette image. Mais elle reste. Une fois de retour à un état de conscience non modifié, je me dis que cet éléphant est probablement celui de Jorge Bucay, "L'Éléphant Enchaîné”, l’un de mes contes thérapeutiques préférés.


Changement d’image. Je monte sur le dos d’un éléphant. Ah, il servait à ça en fait, l’éléphant. C’est lui qui me permet de remonter les années. À une époque que je n’ai pas vécue.


Je vois une forêt. Je ne suis pas étonnée, puisque j’ai la sensation, depuis longtemps, que mon grand-père s’est fait capturer et/ou tuer dans une forêt par un Khmer Rouge. Je commence à appréhender ce que je vais vivre.


Mais là, surprise : c’est un Indien d’Amérique qui apparaît dans mon esprit. Le visage ridé par la vie. Des plumes colorées sur la tête. Il m’observe avec insistance. Je suis un peu désemparée, moi qui m’attendais à atterrir au Cambodge... Bordel, qu’est-ce que je fais ici ? Je tente de changer à nouveau d’image, en me disant que ma part inconsciente a dû se tromper. Mais l’Amérindien reste là, les yeux rivés sur moi. Je confie à Cathie : “Je ne sais pas ce que je fais là, je ne sais pas quoi faire…” Ce à quoi elle me répond : “Si ta part inconsciente t’a emmenée là, ce n’est pas un hasard. Fais-lui confiance. Qu’est-ce que tu as à y faire ?”.


Cathie me propose de regarder mes mains, dans ce monde imaginaire. Elles sont de la même couleur que cet homme qui m’observe avec insistance. J’ai de longs doigts, la peau marquée par le temps. Je pense être dans la peau d’une Amérindienne d’un certain âge.


Soudainement, je sors très spontanément à Cathie : “J’ai compris ! C’est pour me préparer !”. Ma main en lévitation s’agite énergiquement, sans que je la contrôle. Comme pour reproduire les gestes de l’Amérindien qui agite sa “baguette magique” sur moi, en formulant des incantations, pour me donner des forces, des ressources, de l'énergie pour me préparer à vivre la suite...


Suite aux suggestions de Cathie, lorsque l’Amérindien a terminé de m’apporter toutes les forces qu’il avait à m’apporter, ma main s’arrête de s’agiter et se pose doucement contre ma poitrine, puis ma cuisse.


Je me retrouve ensuite sous l’eau. Je suis transportée par un dauphin à travers l’eau, agrippée à son dos. Ma part consciente, spectatrice, se dit que, décidément, les animaux sont très présents dans mon voyage. Cathie me demande ce qui se passe. Je lui réponds: “bah, ça glisse !”, comme si c’était complètement évident - en tout cas, ça l'était pour moi. J’entends quelques rires discrets de la part de mes camarades, ce qui ne m’empêche pas de continuer mon voyage. Cathie ratifie en reprenant mon “intonation d’évidence” : “bah oui, ça glisse !”


Le dauphin me mène jusqu’à un village situé au fond de l’eau, protégé par une sorte de bulle, un dôme transparent. Une personne m’apporte une potion magique de couleur jaune. Là encore, pour que je puisse me renforcer (il y a vraiment des gens sympas sur ma route). Je me demande à quoi est-ce que tout cela est voué à me préparer...


Pause.

Subitement, j’envoie à Cathie un solennel “ça-y-est, j’y suis”. Au Cambodge. Devant le temple d’Angkor. Quelques personnes se trouvent aux alentours. Cathie me demande en quelle année je suis. Je réponds, très spontanément : 1956. Soit 19 ans avant le début des crimes du régime khmer rouge.


Cathie me demande ce que j’ai à y faire. Pause. Puis, je fonds en larmes. Je vois mon grand-père, souriant. Il va devenir instituteur. Je réponds à Cathie : "PRÉVENIR". Cathie est avec moi, elle m’aide à traverser mes émotions, ne me lâche pas. Je sais que le génocide va faire disparaître 2 millions de cambodgiens, soit près d’un quart de la population, morts assassinés, torturés, ou morts de famine, de maladie, d’épuisement physique et psychologique.


Je me retrouve dans une salle de classe. Je suppose que je suis à l’école. Cette école qui servira plus tard de prison et de centre de torture : S-21.


Je sais quelle est ma mission dans cette sorte de rêve éveillé. Non pas de changer le cours de l’Histoire. Mais de transmettre à la population qui va souffrir des techniques d’hypnose. Notamment de dissociation, pour atténuer la douleur, pour quitter leur corps lors d’événements éprouvants. Et d’hypnose conversationnelle, pour se sortir de situations délicates.


La salle de classe dans laquelle je me trouve est remplie d’élèves. J’enseigne ces techniques à mon grand-père qui, à son tour, les enseignera à ses élèves. D’un autre côté, je sais qu’il faudra faire attention, car les personnes éduquées seront les premières cibles des khmers rouges. Je demande à Cathie de m’accompagner “parce qu’elle enseigne mieux que moi”. Et en même temps, je me recadre moi-même : “je fais de mon mieux”. Cathie m’encourage.


Les larmes continuent de couler sur mes joues. La part de moi-même qui est toujours en 2020, et qui se rappelle que mes camarades m’observent, se dit : “heureusement que j’ai le masque quand même, avec mon nez qui coule sans cesse !”


Le mot PARDON me revient. Accepter ce qui s’est passé. Je me dis qu’à mon humble niveau - et même si cela se passe dans mon imagination - hors du temps, hors de ma vie - j’ai joué un rôle, d’une certaine façon. J’ai fait ce que j’avais à faire. Et, quelque part, cela me soulage.


J'atterris en 1981. Devant le temple d’Angkor à nouveau. Le régime khmer rouge a été chassé. Le SILENCE règne. Comme un moment de recueillement après l’horreur. Au niveau conscient, je sais que 1981 est une année symbolique pour ma mère, ses frères, sa sœur, ma grand-mère. C’est l’année où ils ont été secourus par la Croix Rouge en Thaïlande et où ils ont été accueillis en France en tant que réfugiés politiques…


Dernière image : une boule à facette argentée, style disco. Consciemment, je me dis : qu’est-ce que ça vient faire là ? Et là, mon esprit m’envoie une chanson, qui ne représentait rien pour moi jusque-là et qui désormais me fera toujours penser à ce voyage hypnotique : la chanson CELEBRATION, de Kool & The Gang. Je commence à chantonner : “CELEBRATE good times, come on !”. Incroyable, je me dis que ma part inconsciente n’aurait pas pu mieux trouver pour terminer en beauté cette expérience. Je sens que mon index gauche se lève énergiquement, à répétition, avec joie. Je lance à Cathie : “Regarde, il te fait une OLA !”. On termine en riant.


Je remonte progressivement à un état un peu plus habituel. J’ouvre les yeux. Je retrouve mes camarades. Leurs regards bienveillants. Leurs applaudissements chaleureux. Et bien sûr, Cathie. Aaaah, s’il n’y avait pas eu ce foutu Covid, je lui aurais fait un gros câlin pour la remercier !


Je me sens apaisée. Alignée. Ancrée. Équilibrée. Enracinée. Comme si j’avais résolu quelque chose avec mes racines. Des racines qui sont désormais profondes, solides, stables. Sur lesquelles je peux me baser pour continuer à grandir, à m’épanouir.


Je promets à Cathie de lui envoyer une photo le jour où j'irai (ou le jour où je retournerai, cela dépend si on se place au niveau conscient ou inconscient…) au Cambodge . Car maintenant, oui, je me sens prête.


Cathie me confie que ses ancêtres sont des Indiens d’Amérique. Est-ce un hasard ? Aucune idée. J’avoue que j’aime à croire que non. Mais ça, on ne le saura jamais.



La puissance de l’hypnose


Je repars de cette expérience avec une compréhension enrichie de l’hypnose. Je savais déjà, mais je sais désormais encore plus, à quel point cela peut-être puissant.


À quel point l’hypnose peut nous aider à dépasser des problématiques que l’on ne comprend pas forcément au niveau conscient. Des problématiques dont on peut se sentir coupable, parce qu’on se dit rationnellement qu’on ne devrait pas se sentir et/ou agir de la sorte. D’ailleurs, même si on comprend parfois sa problématique au niveau conscient, cela ne suffit pas toujours pour s’en libérer. Pourquoi ? Parce que nous sommes avant tout des êtres émotionnels. Et que des parts de nous-mêmes, plus profondes, qui nous échappent, rentrent en jeu.


J’ai la conviction que nos parts inconscientes peuvent être de véritables alliées, quand on les écoute, quand on leur donne la parole, quand on se connecte à elles, quand on les guide, comme elles peuvent nous guider elles aussi.


Notre part consciente n’est qu’une infime partie de nous-mêmes. Nous avons tous un monde intérieur immense. Et il est vraiment dommage, je trouve, de ne pas aller le visiter de temps en temps… :)


Merci infiniment Cathie

pour ce moment hypnotique extraordinaire

que je n’oublierai jamais !







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